LVSH 003 – Reconversion Passion : de Contrôleuse de Gestion à DJ Professionnelle avec Cecile CDG

La voix du Side Hustle épisode 3

Si vous avez un projet passion, des envies de reconversion et que vous n’osez pas franchir le pas, alors je crois que vous devriez écouter le témoignage de Cécile. Une maîtrise de logistique, 20 ans de salariat, un poste en contrôle de gestion. On ne peut pas vraiment dire que Cécile avait le parcours d’un artiste. Et pourtant ! 

A 40 ans et mère de famille, Cécile est salariée d’un grand groupe. Mais le nouveau rôle qui lui tient le plus à cœur : c’est celui de DJ, son nouveau métier passion qu’elle commence dès le jeudi soir, et qui prend de plus en plus de place dans sa vie. De l’administration au métier de DJ ! Cécile, alias Cecile CDG quand elle est aux platines, partage avec nous dans cet épisode toutes les étapes qui lui ont permis de croire en son rêve et d’amorcer cette reconversion pour exercer le métier de DJ professionnel. 

Un entretien plein de motivation, d’inspiration et d’espoir pour tous ceux qui rêvent un jour de changer complètement de voie pour vivre de leur passion. 

Retrouvez toutes les dates, les mix et les actualités de Cécile sur ses différents réseaux sociaux :

Pour écouter certains mix de Cécile, direction SoundCloud : https://soundcloud.com/cecilecdg

Venez nous dire ce que vous avez pensé de cet interview dans les commentaires, et n’oubliez pas de vous abonner au podcast pour être averti de la sortie des nouveaux épisodes.

Lire la transcription complète

Cécile : Je vais fêter mes 20 ans de salariat cette année, dont 17 dans un grand groupe. J’ai toujours fait ce que j’ai voulu, toujours choisi mes études. J’ai une maîtrise en transport logistique, j’ai commencé à travailler tout de suite. Je n’ai jamais eu de regret par rapport au choix d’être salarié.
En 2014, j’ai tenté l’expérience du contrôle de gestion dans ma boîte : ça a été la catastrophe. Ça a été une catastrophe, mais positive : je me suis remise en cause dans un métier que je ne connaissais pas, et que je voulais découvrir. Il s’est trouvé que ce n’était pas mon truc ; pour la première fois de ma carrière, je me suis retrouvée avec un chef avec qui je ne m’entendais absolument pas.
Les 2 ans ont était très long, et, au bout d’un an et demi, je me suis dit que c’était le moment de faire ce que j’avais envie de faire. Après avoir été malade, puis arrêtée, je me suis dit : « Je veux vraiment faire ce que je veux ». Ça tombait durant mes 40 ans, j’ai donc fait ma crise de la quarantaine.
En 2012, mon mari, qui a été l’initiateur du déclic, m’a offert une initiation dans une école de DJ. J’ai trouvé ça absolument génial, du coup, j’ai tout de suite investi dans des platines. Peu de temps après, j’ai eu ma fille, donc finalement, les platines sont restées dans le placard : le choix était vite fait, et je me suis occupé de ma fille.
J’ai donc laissé le DJ dans le placard pendant 4 ans. Quand j’ai eu cet événement au boulot, qui a été mon déclic, je me suis dit : « C’est le moment, je vais penser à moi et me remettre au DJ ». Je partais vraiment de zéro : à part ces deux jours d’initiation, qui étaient assez light, j’ai fait une semaine de stage. À la fin de ce stage, que j’ai fait pendant mon job de contrôle de gestion, je me suis dit : « C’est vraiment ça que je veux », et je me suis donc lancé l’objectif de financer une formation de DJ par le Fongecif. J’ai travaillé un temps fou sur mon dossier. Nous n’avons aucune chance d’aller soutenir notre demande en live, tout passe par l’écrit. J’ai fait une lettre de motivation, que j’ai mis 3 mois à rédiger, afin d’être sûre que ma motivation y transpire réellement.
Au moment où j’étais prête à rendre le dossier, une conseillère du Fongecif m’a dit : « Vous savez madame, DJ, c’est bien gentil, mais il faudrait peut-être que vous prouviez que vous pouvez en vivre. Je vais donc vous demander de créer un business plan ». J’avais beau être au contrôle de gestion, je n’en avais jamais fait. J’ai donc pris 4 mois de plus pour rédiger mon business plan et finaliser mon dossier. Je me suis dit qu’il valait mieux écouter les gens du Fongecif. 7 mois après le début de la rédaction de mon dossier, j’ai reçu la réponse : j’étais financée. C’était vraiment une victoire.
J’ai commencé l’école, un mois après, en janvier 2017. Je suis allée dans une école de DJ pendant 10 mois, 6 à 7 heures par jour, à ne faire vraiment que ça. Au fur à mesure, j’ai eu le déclic. Je savais que j’étais à ma place. Après ces 10 mois d’école, il a fallu retourner au travail.

Dimitri : C’était donc vraiment une formation où tu as passé tout ton temps à apprendre le métier de DJ ?

Cécile : Oui, je ne faisais que ça, de 9 h à 16 h tous les jours. Le Fongecif me finançait 80 % de la formation, et je touchais 90 % de mon salaire. C’étaient les conditions idéales pour apprendre un métier passion : 8 mois de formation, 2 mois de stage dans un bar. Quand je suis sortie, j’étais opérationnelle.

Dimitri : Et là, retour au boulot !

Cécile : Et ce, sans poste ! Quand je suis partie du contrôle de gestion, j’avais prévenu que vu comme ça s’était passé, je ne reviendrai pas. Ils étaient tous au courant. J’ai quitté mon poste où on était en bureau individuel, et je suis revenu 10 mois plus tard en open space, sans bureau et sans poste. Ça fait un choc, mais comme j’avais autre chose à côté, j’avais de quoi m’occuper. On m’a vite trouvé une mission : au bout de 2 semaines, je suis allée en renfort dans un service. Il n’y avait pas de souci, et parallèlement, je cherchais un poste dans ma boîte, car je n’en avais toujours pas. J’ai vu de tout ; trois postes m’intéressaient, surtout deux d’entre eux, car mon but était de revenir à temps partiel. Je voulais passer à 80 %, pour avoir du temps à allouer au DJ. Je me suis dit que je n’avais pas investi 10 mois pour rien, et donc qu’il me fallait absolument un temps partiel.
Sur les trois postes dont j’avais envie, il y en a deux qui m’ont répondu : « Temps partiel ? Non merci, au revoir ». Tant pis, ce sera un autre. Le troisième était avec une responsable que je connaissais déjà. Quand je lui en ai parlé, elle a été honnête avec moi. Elle m’a dit qu’elle n’était pas favorable au temps partiel, mais qu’elle ne fermait pas la porte. J’ai accepté le poste, sachant que j’ai commencé à temps plein, car je devais d’abord monter en compétence sur le sujet que je ne connaissais pas. Je ne pouvais donc pas être de suite en temps partiel, car je ne maîtrisais pas le poste.
Cela m’allait tout à fait comme deal. On a décidé de faire le point après quelques mois, pour voir ce que cela donnait. J’ai attaqué le poste en février, en juin, on a fait un premier point. Ma responsable m’a dit : « Je ne suis pas réfractaire, mais je ne peux pas te donner le temps partiel tout de suite, car ça ne m’arrange pas ».
C’était en juin 2018 ; elle me proposait fin 2018, début 2019. Je lui ai dit que c’est exactement ce que j’allais lui proposer : on était tout à fait en phase, ça s’est fait naturellement. J’ai fait ma demande de temps partiel, qui a été acceptée. J’ai débuté mon temps partiel en janvier 2019, cela fait 3 mois et demi maintenant. Et ça se passe très bien.

Dimitri : Quand j’ai découvert ton parcours, je me suis dit que tu avais l’air bien occupé. J’ai cru comprendre que ton activité de DJ prend de plus en plus de place ?

Cécile : J’ai des dates à peu près toutes les semaines, notamment dans des bars parisiens et des soirées privées. Je n’arrête pas, et au fur à mesure, je me rends compte que le DJ prend de plus en plus de place. Même le salariat à 80 % ne suffit pas. C’est un métier où, quand tu es à ton compte, tu dois trouver les clients, chercher ta musique, continuer à t’entraîner. Un jour de plus par semaine, c’est déjà bien, mais ça ne suffit plus.

Dimitri : Ça décolle très fort pour toi : qu’est-ce qui fait, selon toi, que ça marche aussi bien ?

Cécile : Tu ne sais jamais tout de suite si ça va fonctionner ou pas. C’est vrai que j’avais un profil « atypique », celui de la mère de famille de 40 ans, qui se met à faire le DJ. Ça peut paraître assez dingue, mais comme quoi, c’est possible. C’est en train de s’étendre : mon objectif est clairement de ne faire un jour que ça, à temps plein.

Dimitri : Comment ton employeur voit ça désormais ? Ton activité, ton engagement au quotidien ? Est-ce que tu as eu des remarques, est-ce qu’ils sont au courant ?

Cécile : Oui, je le dis clairement. Je ne veux pas qu’il y ait de loup, donc je joue la transparence : je trouve que c’est la meilleure des choses. Quand j’ai été transparente, il y a deux responsables qui m’ont dit « Non merci, au revoir ». Au moins, comme ça, c’est clair, je sais à quoi m’en tenir. Si je le leur avais caché au moment de m’embaucher, j’aurais été en difficulté après. Je suis toujours transparente, et comme en plus, je suis bien dans mon job de DJ, je le crie haut et fort au boulot.

Dimitri : C’est super cool que ça se passe comme ça ! Concernant tes collègues, comment prennent-ils ton activité, sont-ils au courant, qu’en disent-ils ?

Cécile : Ils sont super compréhensifs et curieux, et je dois dire que ça fait chaud au cœur ! Quand je pars jeudi ou vendredi avec les platines (parce que je les ai cachées dans l’open space en vue du mix du soir), ils me demandent : « Alors, où tu vas ce soir ? ». J’ai un retour très positif, ce qui m’incite à en parler encore plus, à ne pas le cacher. L’histoire la plus drôle qui m’est arrivée au boulot est que je me suis fait embaucher par mon comité d’entreprise pour une animation. C’était un jeudi, j’ai donc posé mon jour de temps partiel le jeudi. Le mercredi soir, je suis parti du boulot en disant aux collègues : « Demain je ne suis pas au boulot, mais vous pouvez venir me voir mixer au CE ». Tous les collègues sont venus, et maintenant, j’ai les photos derrière mon bureau, dans l’open-space. Les collègues sont super là-dessus, j’ai vraiment un soutien inestimable.

Dimitri : Comment l’ont-ils pris au niveau du management, au niveau de ton boulot au quotidien ? Est-ce que tu as eu des remarques, est-ce qu’il y a des doutes sur ton investissement depuis que tu n’es plus à 100 % ?

Cécile : J’ai une responsable qui est très compréhensive, et qui fonctionne avec toute son équipe de la même manière : elle cite les objectifs, et quels que soient les moyens et la manière, le tout est qu’ils soient atteints. J’ai une complète autonomie. On fait des points réguliers, quand j’ai des soucis, je vais la voir. Je sais qu’elle a confiance, ça donne donc envie de faire les choses pleinement, et non de faire ton boulot salarié en dilettante. J’ai vraiment toutes les conditions pour bien le faire.
Toutefois, quelque chose est en train de se passer. Je ne sais pas comment le gérer, ça fait deux ou trois semaines que ça a commencé : je me rends compte que DJ est vraiment ce que je veux faire à plein temps. Dans ma tête, je suis en train de switcher mentalement sur DJ. Actuellement, je me dis que j’aime mon job et mes collègues, mais que je ne suis plus à ma place. Et c’est très dur, car même si j’ai clairement l’objectif de quitter ma boîte, je ne veux pas le faire n’importe comment. Je sais que j’y suis encore pour 2019.

Dimitri : Comment ça se passe au niveau de ta hiérarchie ? Est-ce que tu penses qu’ils le perçoivent, est-ce que tu leur en as parlé ?

Cécile : Oui, je le leur ai dit. Quand je te dis que je suis transparente, je suis vraiment transparente sur tout ! C’est ma chef qui m’a posé la question il y a 2 semaines. J’avais d’ailleurs mis un commentaire sur Pose ta Dém’, je ne sais pas si tu l’avais vu. Un soir, elle me voit partir avec les platines, on discute, et elle me demande : « Est-ce que tu ne voudrais pas faire ça tout le temps ? ». Je la regarde, je me dis : qu’est-ce que je fais ? Je le dis, je ne le dis pas ? Je me suis dit : « Bon, elle a confiance en moi, on s’entend bien, je joue le jeu franco », et je lui réponds « Oui, c’est le but ». Elle m’a dit « Écoute, je te comprends ».

Dimitri : C’est donc un management qui est à l’écoute et compréhensif.

Cécile : Franchement, je ne pense pas que ce soit la majorité. De mon côté, j’ai vraiment toutes les conjonctions qui font que tout se passe bien. Cela renforce encore plus le fait que je suis à ma place, parce que justement, ça se passe super bien. Je me rends compte que tout le monde n’a pas forcément cette chance.

Dimitri : Quand je vois ton parcours, je pense que ce n’est pas non plus que de la chance. C’est beaucoup de travail, de préparation. Tu as préparé un gros dossier, le Fongecif, ça t’a quand même pris du temps. Tu dois aussi prouver que tu ne fais pas ton travail en dilettante à côté. Le manager compte beaucoup, mais je pense que tu as apporté des gages.

Cécile : De toutes façons, si j’étais tombée sur un manager peu compréhensif, je me serais mise en mobilité, et j’aurais changé de service. Ça prend plus ou moins de temps d’atteindre son objectif d’être autonome, côté DJ : c’est un métier de communication, un métier de réseau, il faut rencontrer les bonnes personnes au bon moment, tout cela prend du temps. Je sais que je ne serai pas encore autonome tout de suite. Je sais aussi que je ne serai pas autonome tant que je n’aurai pas lâché mon job.

Dimitri : Actuellement, tu es pile dans la période charnière.

Cécile : C’est ça. C’est le serpent qui se mord la queue : tu gardes un job salarié pour avoir la sécurité, mais tu ne peux pas être DJ à 100 %. Au bout d’un moment, je pense que j’aurai une décision à prendre. Je ne suis pas quelqu’un qui arrive à faire deux choses en même temps : quand il y a quelque chose qui prend le dessus, il faut que j’y aille à fond.

Dimitri : En prime, on a du DJ plutôt l’image sympathique, mais si on regarde bien au quotidien, ça signifie qu’après ta semaine du travail, qui s’achève généralement le jeudi soir, tu es repartie, tu emmènes tes platines, et tu vas mixer. Il faut que tu bouges, tu as des déplacements, en région parisienne ou sur de plus longues distances. Je suppose qu’il y a des moments aussi où ce n’est pas si simple, aussi glamour que ça peut paraître, quand on dit « DJ, le métier passion ». J’imagine qu’il y a quand même un certain nombre de contraintes également.

Cécile : Comme dans tous les métiers, il y a des avantages et des inconvénients. Vu que c’est un métier passion, tu vis différemment les inconvénients : ils ne sont pas subis, tu les as choisis. Tu sais qu’il y en a, comme dans tous les métiers. Après, tout dépend de ta manière de réagir face à l’inconvénient. Je t’avouerai qu’en plein mois de janvier, quand il neige et qu’il fait froid, et que tu traînes tes platines dans un chariot sur le métro, pour aller mixer de 23 h à 4 h du matin, tu n’as qu’une envie : rester chez toi devant la télé. Et puis, une fois que tu es devant les platines, pour rien au monde tu n’aurais voulu rester devant la télé.
Ce n’est pas toujours évident, mais si j’ai choisi ce métier-là, c’est parce qu’après 20 ans de salariat, je me suis rendue compte que même si j’ai eu des jobs très intéressants, j’en avais marre d’être derrière un écran, dans un bureau. À faire des trucs qui étaient certes utiles, mais dont je ne voyais pas le résultat concret. En tant que DJ, je vois les gens danser (ou pas, car des fois ça arrive), j’ai le résultat concret de mon travail. C’est immédiat : moi, je veux du bonheur. Ça passait par ce métier-là.
Après, DJ, je n’y suis pas arrivée par hasard non plus. C’est mon mari qui m’a donné le coup de pouce pour me lancer, mais j’ai toujours adoré la musique, j’ai toujours baigné dans un univers musical. Mon père, dans les années 80, était animateur radio. Ce n’est pas du tout incohérent : quand j’ai annoncé mon choix aux gens qui me connaissent bien, ils ont trouvé ça tout à fait logique. Pendant mes études, c’était toujours moi qui descendais la chaîne hi-fi et les CD, et qui passais la musique.
Le lien était vraiment clair. D’ailleurs, je fais un lien avec tout mon parcours professionnel, même s’il n’est pas forcément évident à voir. J’ai fait du contrôle de gestion, mais aussi 2 postes qui ont à peu près les mêmes caractéristiques et les mêmes compétences que DJ. J’ai été auditrice et formatrice. Ce sont des métiers qui sont très techniques : techniques pour parler face à quelqu’un, techniques d’audit, techniques de formation…
À côté de ça, ce sont des métiers où il y a toujours un lien humain. Un auditeur = un audité, un formateur = une personne formée dans l’assistance. C’est vraiment le lien que je fais : ce sont des métiers techniques, mais avec une forte dominante humaine. C’est comme cela que je l’ai vendu au Fongecif, dans ma lettre de motivation : « Je pars DJ, ça peut vous paraître dingue, mais c’est une évolution logique ».

Dimitri : Tu as vraiment réussi à trouver le lien entre ton activité précédente, et celle actuelle. Quels seraient tes conseils pour tous ceux qui veulent se reconvertir dans quelque chose qui semble n’avoir aucun rapport avec ce qu’ils font actuellement ?

Cécile : Il faut vraiment s’entourer des bonnes personnes, et il faut croire en soi. Ce que je retiens vraiment, c’est que la plus grosse limite qu’on s’inflige, c’est la nôtre. Nous sommes notre plus grosse limite, avec toutes les barrières que l’on s’inflige, consciemment ou inconsciemment. J’aurais très bien pu me dire : « Non, mère de famille de 40 ans, je ne vais pas être DJ. Je n’ai pas le droit, je ne suis pas à ma place ». Quand tu te retrouves à l’école avec des jeunes de 18 ans, qui ont déjà touché des platines, et que toi, tu arrives à 40 ans, sans rien, forcément, ce n’est pas évident.
Il y a des jours où je me disais : « Mais qu’est-ce que je fous là ». Les coups de mou sont là, mais ils ne durent pas longtemps. J’ai du soutien à la maison : sans ça, je ne pourrais pas faire tout ce que je fais. Quand je pars mixer, mon mari garde notre fille, on s’organise avec la nounou. Si je n’étais pas soutenue à la maison, c’est clair que je ne pourrais pas le faire. Ou alors, il aurait fallu que je le fasse quand j’avais 20 ans, et que j’étais célibataire. Mais ce n’était pas le bon moment.

Dimitri : Ton exemple prouve qu’il est possible de se reconvertir dans un métier complètement différent, même quand on a 40 ans. En termes d’organisation, ça ressemble à quoi la semaine type de Cécile CDG, entre travail, vie personnelle et vie de DJ ?
Cécile : Mon activité salariée est du 8 h – 17 h classique. Je mixe le jeudi et le vendredi, en commençant le jeudi soir, plus rarement, le mercredi. Il faut prévoir la nounou un mois à l’avance, et lui donner mon planning, pour qu’elle aille chercher ma fille à l’école, et la garde le temps que mon mari rentre à la maison. Il ne faut pas se tromper dans le planning : il peut bouger, il faut donc tout suivre en même temps.
Le week-end, je vais faire les courses, puis je passe quelques heures en cuisine. Je prépare une bonne partie des repas de la semaine, quand mon mari et ma fille seront tous les deux à la maison, car je les aurai lâchement abandonnés le soir pour aller mixer. Il faut qu’il n’y ait plus que la casserole à chauffer pour faire gagner du temps le soir. Le congélateur est plein. On apprend à être créatif et organisé. Ce n’est pas insurmontable, ce sont juste de nouvelles manières de s’organiser.

Dimitri : Il y a de l’organisation et une discipline pour toute la famille, tout le monde doit jouer le jeu. On comprend bien que ce serait difficile si tu n’avais pas cette aide.

Cécile : C’est clair. De l’aide à la maison, mais aussi de l’aide matérielle, comme je le disais tout à l’heure, avec le Fongecif. C’est quelque chose dont je me suis rendue compte, quand je faisais mon dossier au boulot : plein de gens ne connaissent pas. Je sais que désormais, les sources de financement ont un peu changé, et que c’est un peu plus dur d’obtenir un financement, mais c’est encore possible.
J’encourage les gens à se renseigner sur toutes les opportunités qui peuvent exister, mais dont on n’entend pas spécialement parler. Ce n’est pas dans l’intérêt de l’employeur de dire aux salariés qu’il existe le Fongecif, et prendre le risque qu’ils aillent voir ailleurs. Sans ça, je n’aurais pas posé ma démission du jour au lendemain pour partir en formation, c’était impensable. Tu cherches d’autres solutions, en te demandant comment faire.
Même si je n’avais pas été financée par le Fongecif, j’avais une solution de repli pour réaliser la formation. Ça ne m’aurait pas arrangée, car j’aurais dû réaliser un emprunt, mais je voulais tellement le faire que j’avais cette solution de repli : sans le Fongecif, j’aurais posé un congé sabbatique, et je serais partie en formation.

Dimitri : Vu le niveau de motivation que tu avais, tu aurais dans tous les cas trouvé une solution.

Cécile : Oui. Si j’avais dû mettre ce plan en pratique, j’en payerais encore le coût financier, parce que l’école n’est pas donnée, et si tu rajoutes les 10 mois de salaire, ça fait une petite enveloppe. Mais j’avais quand même prévu la solution de backup, au cas où je n’étais pas financée. C’était vraiment ce que je voulais faire, donc même si je n’avais pas été financée, j’aurais pris l’autre option. Même si ça ne m’arrangeait pas, car il y a le coût de la formation, le coût des 10 mois de salaire manquants, le coût du matériel… DJ, c’est comme photographe : c’est un investissement. Financer le matériel, l’école, garder son train de vie… Il faut y réfléchir, et là, je dis merci le Fongecif !

Dimitri : Il t’a apporté son aide financière, mais encore fallait-il croire en ce projet. Avoir la persistance de continuer à y croire, de faire le dossier, de bien travailler ce projet de reconversion, comme tu l’as fait.

Cécile : Pour les personnes qui nous écoutent, et qui sont peut-être au début d’un projet, il faut vraiment partir du principe que si tu ne poses pas la question, tu ne connaîtras pas la réponse. Il faut y aller : même si ça vous paraît fou, posez la question. Parce que si vous ne posez pas la question, dans 10 ans, vous vous direz que peut-être, finalement, ça aurait pu marcher si vous aviez posé la question.
Allez-y. Même si les gens vous regardent de travers, soyez plus fort, parce que vous avez votre objectif. De toutes façons, ils ne pourront peut-être pas comprendre. Il faut vraiment poser les questions, il faut se renseigner, je pense que ça payera toujours, à un moment ou à un autre. Parfois, c’est plus ou moins long, ça dépend des métiers : je sais que je n’ai pas un Side project « classique ». Posez les questions, ne restez pas avec, car il y a toujours quelqu’un qui pourra vous répondre.

Dimitri : C’est vrai que l’on n’a pas toujours le réflexe de poser les questions, d’aller se renseigner, de demander de l’aide…

Cécile : … et d’avoir une tierce personne, qui a un regard neutre. C’est super important, il ne faut vraiment pas avoir peur. Ce n’est pas parce qu’on fait appel à quelqu’un qu’on est faible. Les mentalités sont en train de changer, mais avant, ça ne se faisait pas trop. Avec le développement de l’entrepreneuriat, et des salariés qui ont des projets personnels comme ça, c’est en train de tout chambouler. Je pense que les gens ont peut-être moins peur aujourd’hui.

Dimitri : On voit de plus en plus de parcours de reconversion. Ce qui m’a intéressé dans le tien, c’est le côté « je change beaucoup de choses, je pars dans un domaine artistique », même si toi, tu y trouves un lien (qui peut étonner, vu de l’extérieur). Maintenant, quelles sont les prochaines étapes de ta progression ?

Cécile : Dans les mois à venir, continuer sur ma lancée avec les soirées, ça c’est évident. Après, comme je te le disais tout à l’heure, je suis vraiment en train de switcher dans ma tête. Désormais, tous les jours, je pense à la manière de bien faire les choses pour quitter ma boîte. C’est la grande question qui me hante en ce moment. Je ne sais pas si les collègues entendront ce podcast… En résumé, je me demande comment faire pour partir dans les meilleures conditions.

Dimitri : Dans les prochaines étapes, quels sont pour toi les axes de développement pour que ça devienne ton activité à temps plein ?

Cécile : Je ne sais pas trop comment la développer, mais je crois beaucoup en la force du réseau. J’en reviens toujours à la même chose, mais quand tu es à ta place, les choses se mettent aussi à leur place pour toi. Je ne sais pas si tu l’as lu (il est assez hard eu au début, car assez technique, mais passionnant sur le fond), c’est « Le livre des coïncidences », de Deepak Chopra. Au début, il paraît même ésotérique. Mais en fait, tu te rends compte que ça marche. Quand tu commences à voir les signes, tout se démultiplie. On est un peu à part du Side project, mais si tu es positif, tu attireras le positif. Ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de coup de mou ; après, tout dépend de ta capacité à absorber les coups de mou et à rebondir.

Dimitri : Rester positif en toutes circonstances donc. Si tu pouvais revenir en arrière, est-ce qu’il y a des choses que tu ferais différemment, des choses que tu aimerais corriger ? Qu’est-ce que tu changerais si tu pouvais revenir en arrière ?

Cécile : Ce que je ferais différemment…Ça va peut-être paraître pompeux, mais je dirais « rien ». À la rigueur si, une chose : travailler au contrôle de gestion, avec un chef avec qui ça a été l’horreur. Mais si je ne l’avais pas rencontré, si je ne vais pas vécu ce côté négatif, je n’aurais jamais eu le courage de me lancer. En fait, je le referais comme ça, car j’avais toujours des filets de sécurité, j’avais le soutien, je n’ai pas écouté les gens qui étaient négatifs. Je resterais moi-même, comme je l’étais, je crierais mon projet haut et fort sur tous les toits, pour bien l’ancrer. Il y a plein de gens qui disent qu’il ne faut pas en parler : je ne suis pas du tout d’accord avec ça. Le fait d’en avoir parlé aux collègues m’a permis de me l’ancrer dans la tête, et de le rendre réel avant qu’il ne commence.

Dimitri : Qu’est-ce que tu donnerais d’autre comme conseils pour d’autres personnes qui voudraient suivre ta voie ? Qui voudraient développer une passion, jusqu’à pouvoir en vivre, comme ça va bientôt être ton cas ?

Cécile : Quel conseil je donnerais aux gens… Écoutez votre cœur, et osez. Si vous avez une petite idée d’un truc qui vous ferait vibrer, essayez. La pire chose, c’est de ne pas essayer, de ne pas oser. Même l’idée la plus saugrenue. Peut-être que plus l’idée sera saugrenue, plus elle sera difficile à mettre en place, mais essayez. Le salariat est tellement en train de changer que j’ai du mal à voir comment l’épanouissement pourrait maintenant passer par là. Je ne reviendrai jamais en arrière, je ne pourrai plus être salariée à 100 %.

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